Distinguer l'urgent de l'important avec "La Pleine Conscience" par Christophe André

photo : Gamzé Ripoche ©
photo : Gamzé Ripoche ©

Christophe André, psychiatre à l'hôpital Sainte-Anne :

Les pratiques méditatives apportent, entre autres, des réponses à nos manques. Nous souffrons de carences de calme, de lenteur, d’approfondissement, etc. Il est de plus en plus rare d’avoir la paix autour de soi : on fait ce qu’on a à faire, selon les multiples sollicitations reçues par le biais des écrans par exemple. Avec la méditation, on réintroduit ces moments de paix grâce à des exercices au cours desquels on apprend à ralentir, à être dans la non-action pour savourer chaque seconde. C’est un retour à un rapport au temps très animal, très sensoriel, dans lequel on ne fait que constater ce qui se déroule à un moment précis.

Nous avons tous des capacités innées pour la méditation comme pour la course, le langage, etc. Se connecter au temps présent peut se faire au réveil, en prenant quelques minutes (jusqu’à une demi-heure) d’assise silencieuse. Il s’agit de ne rien faire d’autre que d’avoir conscience de sa respiration, se sentir vivant, ressentir chaque seconde. Une cible mouvante lente, comme la flamme d’un feu de bois, permet de stabiliser et d’apaiser l’âme, d’entrer dans un état de présence. Pour méditer, il faut viser la respiration, puis les sons et des objets pour supporter l’attention.

 

 Avec l’entraînement, la pleine conscience peut se pratiquer sans nécessairement arrêter le navire de la vie mais en introduisant la méditation dans l’action. Il s’agit d’effectuer plusieurs fois dans la journée des pauses durant lesquelles on suspend toute activité et toute distraction pour revenir, là encore, vers son souffle, son corps et l’instant présent.

On pense souvent que la méditation est une pratique cérébrale mais elle passe surtout par la relation au corps. Etre tout entier à ce que nous vivons ici et maintenant, et non plus le corps ici et l’esprit ailleurs ! Chaque fois que nous sommes entiers, nous sommes dans le présent et dans le vrai.

 

Extrait de l'article publié sur Le Monde.fr, le 25/06/2016