Maîtriser la douleur avec l'hypnose - Rennes

 

🌸 Entretien avec le Dr. Marie-Elisabeth Faymonville, anesthésiste, chef de service en algologie et soins palliatifs au CHU de Liège, chercheuse au Centre d'études de l'hypnose et de la douleur. 

 

Depuis Descartes, on a voulu séparer l'esprit et le corps. Avec cette idée, notamment, que la douleur était

purement physique. C'est une ineptie ! L'observation du cerveau par imagerie cérébrale révèle que lorsqu'on cause une douleur (légère !) à un volontaire, les régions des sensations, de l'émotion, du comportement et de la cognition (les pensées) s'activent de concert. Soit les quatre composantes de la douleur. Pour obtenir une modulation des sensations douloureuses, il faut donc travailler sur l'ensemble de ces composantes.

 

La douleur aiguë est un signal d'alarme, que l'on soigne avec des analgésiques. Si elle perdure et devient chronique, des infiltrations, des médicaments voire une opération chirurgicale peuvent soulager, mais il est également indispensable de proposer une approche psychologique et sociale.

 

L'imagerie cérébrale nous a montré que sous hypnose, la connectivité entre les régions de ces quatre composantes était modifiée. Plus précisément, est modulée l'activation d'une zone du cerveau appelée cortex cingulaire antérieur, dont on sait qu'elle est connectée avec la région de l'émotion, du comportement et des pensées.

 

On observe la même réaction avec la méditation. Chez l'être humain, le cerveau a donc une action sur le corps et réciproquement.

 

Se laisser glisser dans un état modifié de conscience permet au patient de constater qu’il peut utiliser son imaginaire pour maîtriser sa douleur.

 

Nous ne sommes pas dans une logique d’exclusivité, mais de complémentarité. L’idée étant de combiner, avec sagesse, différentes approches.

 

Durant nos études de médecine, nous avons été formatés selon l’idée que la solution venait de l’extérieur. Les médicaments, la chirurgie, la technique ont été mises sur un piédestal, et nous avons délaissé cette capacité qu’ont la tête et le corps à collaborer entre eux. C’est dommage. Je pense que le personnel soignant ne cherche pas suffisamment à explorer et mettre en oeuvre les formidables ressources des patients.

  

L'extrait du hors-série de Sciences et Avenir n°196 (janvier - février 2019)